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Une soirée de février 1996. La brigade de nuit du commissariat de Police de Noisy le Sec, Seine-Saint-Denis, vient de prendre son service. Comme souvent, les effectifs présents permettent de composer deux véhicules de patrouille. Un véhicule à trois fonctionnaires et un véhicule de soutien à deux fonctionnaires. Un policier stagiaire dans chaque véhicule.
Au commissariat, on trouve un brigadier chef, chef de brigade qui fait aussi office de chef de poste pour la nuit ainsi qu’un fonctionnaire à la radio. Pas de gardés à vue. Une nuit qui s’annonce calme car il fait froid dehors, température proche de zéro degré. Il ne neige pas, il ne pleut pas. Le ciel est dégagé et la lune permet une visibilité excellente. Cela n’est pas forcément pour plaire aux voyous et aux policiers, trop visibles pour le coup.
Après annonce de la composition des équipages et lecture des consignes et télégrammes divers, chacun fait ce qu’il doit faire : prise en compte du matériel, des véhicules… Toutes ces choses qui font qu’un équipage est autonome et fin prêt quand survient l’intervention.
Une vingtaine de minutes après la prise de service, c’est tout ce beau monde qui embarque et chaque véhicule commence sa patrouille. Dans le véhicule de soutien, on trouve un fonctionnaire qui compte environ six ans de service que nous nommerons Max et un policier stagiaire arrivé tout frais et moulu cinq mois auparavant, Rémi.
La nuit commence lentement. Pas un chat, ce qui est plutôt rare en banlieue. Le froid a eu raison des plus courageux. Quel job que celui d’un nuiteux qui veille sur les âmes endormies, sur les couples enlacés et sur la population qui travaille la nuit. De même, il n’est pas facile de lutter contre la fatigue lorsque tout est vraiment calme et que le véhicule est surchauffé.
De longues minutes passent, puis, arrive, comme une délivrance, un message du centre d’information et de commandement annonçant qu’un véhicule venant de Paris et se dirigeant vers la Seine-Saint-Denis refuse de s’arrêter aux injonctions des fonctionnaires de police.
Max écoute attentivement le message, comme Rémi d’ailleurs. L’adrénaline se déverse peu à peu dans le sang de chaque fonctionnaire. Le rythme cardiaque s’accélère et là, comme une détonation, Max s’écrit :
- « Vite, on va se rendre au carrefour pont de Bondy ! S’il s’amène par la RN3, on aura une chance de le serrer ! ».
Max accélère et commence sa progression. La plupart du temps, qu’il soit chef de patrouille ou non, Max aime conduire, ce qu’il fait plutôt bien. Pourtant, le véhicule n’apprécie pas forcément sa conduite car une odeur de plaquettes se fait sentir dans l’habitacle. Max, tel le prédateur qui doit bloquer sa proie pour survivre, se concentre sur l’objectif, sans oublier, expérience oblige, tout ce qu’il faut prévoir lorsque l’on roule rapidement, à savoir l’imprévisible. Ce rythme élevé n’est pas forcément facile à soutenir pour un policier tout frais émoulu.
Après plusieurs minutes qui semblent durer une éternité, le véhicule s’immobilise, pont de Bondy. De la fumée se fraie un passage au niveau de chacune des roues avant, résultat du combat ‘Chaleur des plaquettes VS froidure ambiante’. Les disques de freins, rougis par tant de violence, paraissent tout droit sortis de l’enfer ou de l’office d’un ferronnier. Rémi peut reprendre ses esprits et souffler, souffler encore, hors de l’habitacle, pour que tout ce stress s’évacue au plus vite.
La radio hurle un message supplémentaire :
- « Le véhicule qui a refusé le contrôle est une Renault 19, verte, avec un individu à son bord. Il se trouve sur la RN3 et se dirige vers Livry-Gargan. Ne prenez aucun risque. Il circule à vive allure et ne prend aucune précaution à chaque carrefour franchi.»
Max avait eu raison. L’expérience, ou le sens inné du chasseur qui se glisse dans la peau de sa proie afin d’en prévoir les réactions.
En regardant en direction de Pantin, Rémi aperçoit un jeu de lumières qui se rapproche très rapidement : du bleu, de l’orange. Une multitude de lumières. Le véhicule en fuite se rapproche et il n’est pas seul. Du pont de Bondy, on dirait qu’une armada de véhicules de police suit cet inconscient qui risque sa vie et la fait risquer à tout le monde.
Il est difficile de savoir, à un tel moment, ce qui se passe dans la tête d’un inconscient, fou du volant. Comment, ce qui n’est qu’une banale infraction au départ, devient un acte d’une extrême gravité ?
Rémi regarde Max et annonce au centre d’information, leur arrivée sur le carrefour. On ne peut décemment rien faire pour stopper ce fou furieux sans risquer un incident d’une extrême gravité.
Un vacarme gronde. Le fuyard est à cent mètres, suivi par une bonne dizaine de véhicules de police. Ça hurle, ça vrombit, ça illumine, ça impressionne, ça fait peur aussi… Toute autre réalité disparaît. Ne persiste que cette toile dont la peinture dessine des formes sans cesse en mouvement.
Un réveil brutal. Le fuyard commet une erreur de conduite. Trop de stress, une faute d’inattention… Quoi qu’il en soit, son véhicule quitte la chaussée, monte sur le trottoir et en profite pour laisser son train avant sur place. Il s’immobilise quelques mètres plus loin. La portière-conducteur s’ouvre rapidement. Une forme sort et se met à courir en direction de Bondy. Tous les véhicules de police s’arrêtent net. Tout le monde met pied à terre et court.
Un calme relatif retombe sur le carrefour. Des centaines de personnes dorment, sans imaginer ce qui vient de se passer sous leurs fenêtres. Rêve ou cauchemar…
Quelques instants plus tard, un groupe de fonctionnaires revient. Il avance sûrement en direction d’un véhicule. Interpellation effectuée. Pas de blessés.
Et l’auteur dans tout ça ? Il faut le voir pour le croire. Un jeune de 17 ans (pas de permis de conduire, bien sûr). Pendant le sommeil de ses parents, il avait emprunté la voiture de son père. Pris de panique, c’est ce qu’il a dit ensuite, il avait voulu échapper à ce que l’on nomme, mais pas à juste titre, car il n’y en a pas, un contrôle de routine.
Bilan de la course. Un véhicule bon pour la casse et une famille avec un lot de soucis dont elle se serait bien passée. Ça laisse songeur… n’est-ce pas ?


Jeudi 21 janvier 2010 à 20:42
Bonsoir Régis,
Je vous remercie pour ce précieux article qui met en exergue un excès de confiance et un sentiment d’immortalité de ces jeunes qui n’imaginent malheureusement pas qu’un accident peut avoir de graves conséquences.
Cordialement.
Vendredi 22 janvier 2010 à 14:08
Très bel article… je m’y suis vu !!
Samedi 23 janvier 2010 à 11:56
La conduite sans permis se démocratise dans les cités(et pas que dans les cités) mais le pire c’est l’age de ces jeunes conducteurs qui varient entre 13 et 20 ans , le permis est cher c’est sans doute l’excuse de pas mal de jeunes…mais quand un dealer qui gagne 200 € par soir dit qu’il n’a pas l’argent pour payer son permis c’est du foutage de gueule ! dsl pour l’expression.
Mardi 26 janvier 2010 à 12:23
On voit vraiment que c’est l’expérience qui fait un bon policier.Les sensations vécues par chaque fonctionnaire pas mal aussi.
Mercredi 27 janvier 2010 à 17:21
Bonjour, cela n’a pas de rapport avec votre article.
Mais je suis lycéenne et nous devons pour notre bac faire des TPE, mon groupe et moi faisons sur la violence légitime des forces de l’ordre. Donc si c’est possible j’aimerai avoir votre avis sur ce sujet. Si vous le voulez je voudrai savoir quelles sont les limites que la police doit avoir sur la violence et comment vous devez réagir face à de la violence, quels sont vos droits. Et quelles formes peut prendre la violence légitime ?
Je ne sais pas si c’est très clair ou pas ce que je vous demande mais je vous remercie d’avance.
Jeudi 28 janvier 2010 à 9:01
Lara:
En ce qui concerne votre demande. Ce n’est pas facile de faire simple car, en formation initiale des gardiens de la paix, ces informations sont passées dans un ou plusieurs cours (théoriques et pratiques) sur plusieurs heures.
Pour commencer, je ne parlerai pas de violences légitimes mais d’un acte visant à l’application de la loi avec usage de la force strictement nécessaire pour que, justement, force reste à la loi.
Pour simplifier, l’action de la police, dans l’emploi de la force, doit se faire dans la stricte application des lois et principalement de l’article 122-5 du Code Pénal : la légitime défense :
Article 122-5 al 1 du Code Pénal
N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte.
Article 122-5 al 2 du Code Pénal
N’est pas pénalement responsable la personne qui, pour interrompre l’exécution d’un crime ou d’un délit contre un bien, accomplit un acte de défense, autre qu’un homicide volontaire, lorsque cet acte est strictement nécessaire au but poursuivi dès lors que les moyens employés sont proportionnés à la gravité de l’infraction.
Un cours théorique de quatre heures était passé aux adjoints de sécurité lorsque j’étais formateur. Il y avait également des rappels fréquents et des mises en situation.
Il n’est pas facile de faire condensé.
En fonction du lieu où vous habitez, je vous conseille de prendre attache avec une école de Police ou un centre de formation Police, voire une direction régionale au recrutement et à la formation. Je pense que les fonctionnaires de ces structures vous répondront cordialement et avec un maximum de précisions.
Jeudi 28 janvier 2010 à 16:55
Pour Lara
Je vous invite dans un premier temps à visionner la vidéo intitulée « discerner pour mieux agir » qui se trouve dans la rubrique « vidéos » du blog.
Votre sujet porte aussi sur la légitime défense, la nécessité d’une proportionnalité de la réaction. C’est aussi le concept des voies de fait qui commencent quand la force physique est utilisée au-delà de ce qui est nécessaire pour faire cesser le désordre. Ce sont des règles qui s’appliquent aussi au citoyen.
Vendredi 29 janvier 2010 à 12:40
Belle plume. Félicitations à l’auteur qui a réussi à me plonger dans le feu de l’action
Vendredi 29 janvier 2010 à 21:12
Si des BAC+3 commence a ce présenté aux concours de cadet , moi qui n’a que la BAC je vais avoir du mal! le concours de gpx est trop dur (surtout trop prisé par des diplômés) et maintenant je lutte contre des bac+3 pour cadet et ads… heureusement que je suis hyper motivé!
Vendredi 29 janvier 2010 à 21:28
Je vous remercie beaucoup pour vos informations. Je vais travailler là dessus, cela va beaucoup nous aider. Merci pour la vidéo. Je serai peut etre amenée à vous reposer des questions, car je veux également etre lieutenant de police.
Encore merci.
Mardi 2 février 2010 à 10:44
j’ai travaillé comme institutrice,entre montreuil et noisy le sec,votre histoire est intéressante,mais
en ce qui me concerne,je la trouve idyllique.
bon courage.
Mardi 2 février 2010 à 10:46
mon expérience d’institutrice,me donne à penser,à présent,que dans l’ensemble,cette ronde de nuit,est dépeinte d’une façon convenue.
Mardi 2 février 2010 à 10:55
BONJOUR REGIS ,
MOI JE SUIS ADS DE LA FORMATION DE ST FOY DE LA 607ME PROMOTION.
JE PASSE LE CONCOURS GPX EN INTERNE POUR LA PREMIERE FOIS, CAR A l’ EXTERNE J’AI ECHOUE PLUSIEURS FOIS.
JE ME SUIS INSCRI AU CONCOURS ILE DE FRANCE AU IL Y A 200 POSTES ET JE SUIS LA FORMATION DE CLERMONT FERRAND CAR MON CONTARAT DE TERMINE FIN 2011 ET J’ESPERE VRAIMENT REUSSIR.
S’ AVEZ VOUS SI IL Y AURA BEAUCOUQ DE MONDE EN INTERNE POUR LE CONCOURS ILE DE FRANCE ET NATIONALE ?
PS : DOMMAGE QUE LE CFP EST FERME, C’ ETAIT UN SUPER CENTRE DE FORMATION !
Mercredi 3 février 2010 à 8:22
Isabelle :
Bonjour Isabelle.
Allez plus loin dans votre approche de mon écrit.
Qu’auriez-vous souhaité lire ? Des stéréotypes ?
Mercredi 3 février 2010 à 8:26
Julien :
Je vous souhaite de réussir. Il faudra beaucoup de travail car il n’y a pas de poste pour tout le monde.
En ce qui concerne le concours d’Ile de France, je ne peux pas vous renseigner. Il faudrait voir avec le SGAP de Paris ou la DAPN.
Vendredi 5 février 2010 à 14:15
Pour Julien,
En 2008 il y a entre 6 et 7 candidats en interne pour un admis. Pour le moment l’inscrirption au prochain concours donne une chiffre du même ordre de grandeur pour l’interne Ile-de-France avec les seuls inscrits en ligne, deux fois moins pour le concours national interne. Mais ce ne sont encore que des chiffres partiels. L’inscription n’est pas close. Il faut s’attendre à plus de concurrence. Raison de plus pour très bien se préparer.
Samedi 13 février 2010 à 12:50
Bonjour
Jaimerais connaitre les horraire d’un gardien de la paix ,journée et nuit .Je vais peut etre faire le prochain concours nationale mais je voudrai etre disponible tous les soirs pour faire mes sports de passion (foot et arts martiaux ) . Donc ça sera interressant de savoir comment ça se passe niveau horraires .
Merci
Lundi 15 février 2010 à 8:14
midos :
Bonjour.
Impossible de répondre, car les horaires dépendent du service et des missions de ce service.
On trouve des gardiens en régime hebdomadaire : du lundi au vendredi avec le week-end de repos.
Mais on trouve principalement des gardiens en régime cyclique de jour comme de nuit.
Ces régimes cycliques sont variés. On peut travailler de matin, d’après-midi (ou les deux alternés), sur la journée complète, de jour comme de nuit. Nous avons un métier qui colle à la délinquance.
En fonction des horaires du service dans lequel on œuvre, il n’est pas toujours facile de pratiquer une activité sportive ou autre.
Mardi 23 février 2010 à 7:10
Pour Midos
Et bien passe le concours d’Officier ou mieux de Commissaire, ainsi tu sera Cadre donc avec une mission et c’est toi qui gèrera tes horaires (du moment que tu accomplies tes missions et assure tes fonctions).
sur ce Bonne Patrouille ! ! !
Samedi 27 février 2010 à 23:32
Bonjour,
J’envisage de devenir gardien de la paix, j’aimerais bien savoir qu’elle sont précisément les risques du métier. C’est juste ce qui me fais un peu peur.
Merci de votre réponse.
Mardi 2 mars 2010 à 8:08
Tom :
Le risque principal du métier de policier est l’habitude avec tout ce que ça comporte.
Si chaque mission est réalisée avec sérieux, professionnalisme et application des mesures de sécurité, on réduit énormément les risques.
Après, c’est comme dans tout métier. Il y a l’imprévu : une pensée pour notre collègue gendarme décédé parce qu’un deux roues a refusé le contrôle.
La majorité des policiers qui oeuvrent sur le terrain ne pense pas aux risques, à l’instar de la quasi-totalité des gens qui en se levant, ne pense pas que cette nouvelle journée sera la dernière.
Si la peur est trop présente quand vous pensez au métier de policier, il est peut-être judicieux de penser à une reconversion. La balle est dans votre camp.
Mardi 9 mars 2010 à 8:19
Ce sont des abrutis c’est gars qui roule sans permis ; il risque non seulement leur vie mais celle des autres civils.
Lundi 15 mars 2010 à 13:18
bonjour,
je profite un peu de votre blog pour vous poser une question. Depuis toute petite je souhaite être dans la police, n’ayant pas le bac, je m’oriente vers ADS pour ensuite être gardien de la paix. Sauriez vous me dire où me procurer le dossier pour accéder aux épreuves? Je me suis rendu au commissariat le plus proche de chez moi c’est a dire Chatellerault (86) mais je n’ai pas eu plus d’information. Je suis particulièrement motivée, et aimerai vraiment que les choses aillent vite.
Merci d’avance.
Mercredi 24 mars 2010 à 11:04
salut GWEN,
POUR TE PROCURER LE DOSSIER D INSCRIPTION AU CONCOURS DE GPX CONTACTE:
-SGAP DE BORDEAUX AU 0556997171,
Departement concernés 16.17.19.23.24.33.40.47.64.79.86.87.
-SGAP DU SUD OUEST
0534554922
DEPARTEMENTS CONCERNES 09.12.31.32.46.65.81.82