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Quand on est, comme moi Lieutenant d’aérogare, on est amené, plus ou moins régulièrement, à prendre une autre casquette, qui est celle de chef de quart. On est alors, le temps d’une permanence, rattaché, non plus à la Division Immigration, mais à l’Etat-Major de l’aéroport.
Les missions peuvent parfois se recouper, mais il en est une qui incombe particulièrement au chef de quart, c’est d’être envoyé sur les escortes.
Les escortes, souvent, se passent bien… et donc on n’en entend pas parler. Le problème, forcément, c’est plutôt quand ça se passe mal.
La radio annonce : « Les passagers refusent de s’asseoir, le reconduit est très virulent, nous sollicitons la présence d’un officier sur place… »
« Reçu. »
Le téléphone sonne…
Voilà comment débute souvent l’intervention d’un Officier sur une escorte. Il faut réagir vite, en effet, cela signifie en général que dans un avion, c’est à dire dans un espace tout à fait restreint, une escorte policière accompagnant un reconduit, est prise à partie par des passagers qui s’opposent à cette reconduite.
Arrivé au pied de l’avion, je constate que la Compagnie d’Intervention Polyvalente est déjà là, en ligne, casques au coté, jambières attachées, boucliers prêts. Je monte par la passerelle arrière et perçois, dès la porte, la rumeur qui gronde à l’intérieur de l’avion.
Le chef d’escorte vient à moi, me rend compte de la situation : comportement de l’escorté, réaction de l’équipage, attitude du commandant de bord, et conduite des passagers.
Je découvre effectivement que de nombreux passagers sont debout, invectivant les escorteurs, et remarque immédiatement parmi eux les deux individus que le chef d’escorte m’a décrit comme étant les « meneurs » de la contestation.
Je m’avance dans la travée, essayant d’expliquer à certains les tenants et les aboutissants de notre mission. Derrière moi, les collègues de la CIP se sont équipés et positionnés en bout d’allée, prêts à intervenir. La situation est tendue, c’est un échange forcément inextricable et vain entre textes de loi et convictions.
Cette fois, nous avons de la chance, le commandant de bord nous appuie et explique à tous les passagers que le vol ne partira pas tant que tout le monde ne sera pas assis. En vain.
Le calme ne revient pas : les colonnes de la CIP pénètrent simultanément dans les 2 allées, boucliers en protection, puis reculent, emmenant avec elles les deux personnes précédemment désignées.
Malgré cette double interpellation, la situation ne s’améliore pas vraiment, et nous n’avons plus d’autre choix que de faire descendre l’escorte, à la demande du commandant de bord. En effet, si celui-ci estime que la sécurité de son vol est menacée, il peut demander à ce que l’escorte soit débarquée.
Deux personnes en garde à vue, et une escorte qui reste au sol, c’est un échec.
Les motivations des passagers qui interviennent peuvent être diverses : certains évoquent les Droits de l’Homme qui seraient bafoués, d’autres arguent du fait que notre présence retarde le départ du vol, d’autres encore refusent tout simplement de voyager avec un individu escorté par la police, invoquant des raisons de sécurité.
Dans cette situation, le rôle de l’officier est multiple : il est à la fois l’interlocuteur privilégié du commandant de bord (qui est responsable de la sécurité à bord de l’avion), tout en étant celui qui va tenter de faire revenir le calme à bord, faire procéder à d’éventuelles interpellations parmi les passagers en cas de commission d’infractions, tout en rendant compte en temps réel à sa hiérarchie…
Heureusement, il y a des escortes qui se déroulent beaucoup mieux.
A l’occasion d’une permanence récente, on m’annonce ainsi qu’il y aura dans l’après-midi une escorte de deux personnes (plus cinq escorteurs), qui voyage avec un reconduit sans escorte, sur une destination sensible… autant dire que je me prépare dès le début à devoir intervenir.
D’ailleurs, je prends les devants et vais prendre contact avec la chef d’escorte, qui m’informe alors, que, pas de chance, le vol aurait de une à trois heures de retard… A la tension habituelle vont donc s’ajouter l’impatience, l’exaspération et la fatigue de tout le monde…
Finalement, c’est seulement 45 minutes plus tard que la chef d’escorte me rappelle pour m’annoncer qu’ils sont déjà à bord… Je me rends rapidement au pied de l’avion, prêt à intervenir en cas de besoin…
15 minutes plus tard, les portes se ferment, l’avion commence à rouler, et j’annonce :
« Concernant le vol xxxx, je vous informe que l’avion est au roulage, je quitte les lieux, aucun incident à déplorer. »


Jeudi 11 mars 2010 à 13:58
bonjour Loic
Pas simple d’être entre le marteau et l’enclume…. Bien souvent le droit ne suffit plus, nous devons transiger, expliquer, convaincre et parfois reculer face à nos concitoyens dont le comportement lorsqu’ils sont confrontés à l’application de la Loi est imprévisible. C’est aussi cette difficulté qui fait la noblesse de la tache et génère des insomnies !!!. Courage pour vos prochaines missions dont je ne minimise pas la difficulté.
A bientôt
Joel
Jeudi 11 mars 2010 à 15:23
ouai,pas si simple. Les citoyens ne sont pas assé discipliné. Bon courage pour la suite.
Lundi 15 mars 2010 à 12:55
Bonjour Lieutenant,
Je me permets de vous faire parvenir ce courriel, car je souhaite savoir si les policiers faisant les escortes ont des primes?
Jeudi 18 mars 2010 à 8:49
Bonjour,
C’est drôle ce que notre métier provoque comme réactions. Parfois bonnes. Parfois belliqueuses. Jamais d’indifférence. C’est comme si notre uniforme était une muleta que nous agitons devant le regard « sanguin » de dizaines de taureaux qui n’attendent de notre part qu’une petite erreur pour nous embrocher. Tout ça au figuré bien entendu!
Mais je me tais: l’un des nôtres vient encore de succomber victime du devoir! Il laisse une femme et des enfants qui désormais prendront l’avion sans leur « papa », tué par des hommes de « conviction »… paraît-il!
Alors, mesdames et messieurs les passagers du vol Xxxx le respect des droits de l’homme commence par le respect des forces de l’ordre, de tous ces « gardiens de la paix » publique! Ils oeuvrent pour que vous puissiez en toute quiétude profiter de vos vacances dans ces pays où la misère humaine oblige des nationaux à fuir vers la France. Parfois sans succès!
A bientôt ici ou ailleurs.
Mardi 23 mars 2010 à 6:29
Bonjour !
@kikou: le monde des escorteurs se divisent en plusieurs catégories: il existe d’une part des unités d’escorte, dont les fonctionnaires ne font que des escortes, et des « intermittents » de l’escorte, qui exercent leurs fonctions de police quotidiennement, et sont appelés ponctuellement pour renforcer les unites d’escorte. Ce vivier part en général en escorte sur ses jours de repos.
Bref, pour répondre plus précisemment à ta question, il n’y a pas de prime d’escorte, à moins de considérer que le salaire perçu pour le travail sur tes jours de repos est une prime !
Cordialement,
Loïc
Mardi 23 mars 2010 à 6:43
@ Joel : Ce sentiment dont vous parlez dans votre réponse à mon sujet, est tout à fait celui que votre post sur le carnaval m’avait évoqué (même si je ne l’ai connu qu’à une une moindre mesure!) : cette ambivalence entre le fait de savoir que l’on travaille pour maintenir la paix sociale, en appliquant des règles de droit dans un état de droit, et le fait d’être pris à partie et vilipendés par ceux pour qui l’on oeuvre…nous conduisant, dans bien des cas, à reculer, à transiger, à renoncer… Je dois dire que ces situations génèrent encore chez moi une certaine frustration.
Ceci dit, il apparait que ces situations complexes sont souvent la conséquence des phénomènes de groupes (et même de tout petit groupe), qui sont les plus imprévisibles, et de fait les plus difficilement gérables…et de là la difficulté (et donc l’interet!) du MO !
Et moi qui pensait que les insomnies se raréfieraient proportionnellement à l’accroissement de l’expérience…
@ Bientot.
Loïc.
Mardi 23 mars 2010 à 7:03
@Herve:
Loin de moi l’idée de faire de ce site une tribune de propagande, mais je profite de ce moyen pour faire part de ma tristesse et de ma colère après le décès, il ya quelques jours de notre collègue Jean-Claude. Je me permets donc de reproduire ici (en partie) un message se voulant rassembleur et non-revendicatif:
« La mort d’un policier n’est jamais une banalité et ne devra jamais l’être, pour autant chacun d’entre nous sait que le risque existe et qu’il fait partie intégrante et permanente de notre métier.
Nous l’assumons au quotidien, au service de nos concitoyens, surtout des plus démunis d’entre eux.
Il est temps de rappeler que nous constituons un rouage incontestable et indispensable à la paix publique.
J’ose me faire le porte-parole de nombreux collègues touchés dans leur vocation, atteints dans leur dignité, et pour beaucoup, las de leur investissement quotidien, non pas qu’ils en attendent un quelconque retour, mais à tout le moins, qu’on leur accorde la confiance qui est leur indispensable moteur.
A l’heure où nous nous recueillons une nouvelle fois devant un collègue décédé en service, nous demandons le respect, sans autre mot d’ordre, sans récupération, sans solliciter de nouveaux moyens, ni autres revendications.
Juste le respect de notre travail, de notre fonction, de notre engagement républicain. »
Voilà.
Je ne compte que peu d’années de service, et déjà beaucoup trop de minutes de silence.
Dimanche 28 mars 2010 à 18:20
Bonjour Loic, pouvez-vous me dire quand vont se faire les prochaines entrées en école de police?
avez-vous eu des infos?merci lauréat du concours de fevrier 2008
Vendredi 2 avril 2010 à 8:29
Pour greg59
Salut Greg, et bien je suis rassuré de savoir que nous sommes au moins deux de février 2008 à encore attendre. Ceci dit, j’ai cru lire je ne sais où, qu’une rentrée pourrait être prévu à la fin du 1er semestre 2010 (mais bon… )
Yves
Samedi 8 mai 2010 à 21:31
bonjour loic,
est ce que le lieutenant de police as t il une voiture de fonction equipe du gyrophare et du 2 tons et si oui est ce qu’il a le droit de retré chez lui avec merci
Mercredi 12 mai 2010 à 12:53
@Damien:
Bonjour Damien,
Pour répondre à ta question, les voitures de fonction, comme leur nom l’indique sont attachées à des fonctions, ou à un service.
Ainsi, un chef de service, quel que soit son grade peut bénéficier d’un véhicule de fonction. En pratique, si les responsables de services peuvent être des officiers, le véhicule n’est pas lié au grade.
La voiture de fonction reste un véhicule de police et est donc équipée d’un gyrophare et d’un deux-tons.
Ces véhicules servent au service. On considère que le trajet domicile – lieu de travail relève du service et le chef de service qui bénéficie d’un véhicule peut donc l’utiliser pour rentrer chez lui.
Voilà, j’espère avoir répondu à ta question,
Cordialement,
Loïc.