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Copyright TERRY
En Guyane, il ne faut s’étonner de rien. C’est un principe de base pour avancer. Nous sommes à la fois en France mais tout autant en Amérique du Sud. Ce week-end notre 11ème homicide en 120 jours. J’avais commencé ma première permanence de l’année par 2 homicides en 48 heures. Le premier à la machette, le second par balle dans un Sound système, le 1er janvier !!!
En Guyane, la Sécurité Publique – pour faire simple, le commissariat que vous connaissez tous – traite quasiment tous les homicides, ce qui n’est absolument pas le cas en métropole.
Ici, la Police Judiciaire s’occupe principalement des importations internationales de stupéfiants en grosse quantité et ils ont de quoi faire.
Le nombre important d’homicides traités donne une très bonne technicité à nos effectifs qui « sortent » près de 9 affaires de meurtre sur 10 !!! Nous en reparlerons une autre fois. Mais ce week-end, en plus de ces affaires « sordides », nous a réservé bien pire. Tout a commencé par la disparition inquiétante de deux jeunes enfants de 11 et 13 ans qui jouaient sur la plage, dimanche après midi, près d’un des rares hôtels de Cayenne…
L’Océan, comme souvent, était mauvais, les rouleaux puissants. La spécificité locale est que l’océan en bord de côte n’est pas d’une couleur azurée avec des eaux limpides, mais marron avec une eau boueuse car chargée en alluvions qui proviennent des fleuves environnants. Le plus jeune des deux garçons a été emporté par une lame. Son frère, à peine plus âgé, a tenté de lui porter secours sans que la mère, qui ne savait pas nager, puisse intervenir.
En quelques secondes les deux enfants ont disparu sous la surface de l’eau. Tout est allé si vite. Autant chercher une aiguille dans une meule de foin. Très rapidement avisés, les secours, sous la direction de l’Etat Major de la Zone de Défense ont engagé tous les moyens disponibles : pompiers, police, plongeurs, hélicoptère de la gendarmerie. Sans résultat. Les recherches se sont interrompues hier soir à 20 heures à cause de la nuit.
Cette après-midi à 14 heures, la salle d’information et de commandement – qui gère les appels quand vous composez le 17 – a été avisée qu’à la jumelle un promeneur apercevait ce qui lui paraissait être un corps sans vie flottant entre deux eaux. Nous nous sommes rapidement rendus sur place, pour constater effectivement la présence d’un corps puis d’un second à quelques encablures, brassés par les flots et que les plongeurs sont allés récupérer, pour les ramener sur la grève.
Les deux enfants, allongés sur le sable, semblaient endormis, à peine rigidifiés par un séjour de 24 heures dans les eaux côtières. Je ne faisais pas le fier, pas plus que certains autres collègues. Quel gâchis, deux vies perdues en quelques instants !!! Maintenant, il va falloir s’atteler à la sale partie du boulot, les constations post mortem. Là, nous ne sommes plus dans les Experts ou NCIS, mais dans la vraie vie. Ce n’est pas un film et tout ne se règle pas en 52 minutes avec des acteurs aux tenues immaculées. L’OPJ (officier de police judiciaire) commence ses constations immédiatement, aidé par le technicien de police technique et scientifique qui fige la scène sur la pellicule. Je suis allé examiner les corps de ces deux enfants pétrifiés, pas par voyeurismes, mais parce que c’est nécessaire pour pouvoir ensuite informer les parents et savoir si les corps sont présentables. Ils n’étaient pas abimés par un séjour prolongé comme c’est souvent le cas. Le temps que l’Identité Judiciaire procède aux derniers clichés, que délicatement les corps soient mis dans des bâches zippées, et les deux frères ont pu enfin se retrouver côte à côte pour un ultime voyage vers le funérarium.
L’OPJ avise le magistrat qui, vu les circonstances, ne demande pas d’autopsie. C’est une bonne chose, les deux enfants pourront être récupérés demain par leur famille. C’est là qu’a commencé le plus difficile : aller annoncer la nouvelle aux parents. Plutôt que d’envoyer un équipage en tenue comme cela se fait souvent, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de commissaire de remplir cette mission, assisté d’un officier. Car aller seul pour faire un « avis famille » sur de tels drames peut se révéler délicat. On ne peut jamais anticiper la réaction des familles face à la douleur.
Nous sommes passés à la gendarmerie de MATOURY, commune voisine, pour nous faire situer l’adresse des parents, puis, lentement nous avons fait mouvement vers le domicile repéré sur la carte murale de la gendarmerie. J’ai tenté 200 fois dans ma tête de me dire : je vais commencer comme cela, puis dire cela. Mais rien ne s’est passé comme prévu quand le capitaine à mes côtés m’a dit : « Je crois que c’est là… ».
Il y avait déjà foule dans le jardin, des visages graves après une attente de 24 heures à espérer l’annonce prochaine d’un miracle…
Je suis rentré dans la cour défendue par un portail rouillé rouge. L’atmosphère était étouffante et cela n’avait rien à voir avec la chaleur ambiante. J’ai demandé à voir le chef de maison, nous nous sommes présentés, mon collègue et moi. J’ai été orienté vers un homme d’une cinquantaine d’années qui m’a dit : « je suis le papa de XX et XX ». Cet homme m’a tenu les mains en me demandant :
« Avez-vous trouvé mes enfants, ils vont bien ? »
J’ai pris une grande inspiration, en le regardant dans les yeux et en marquant des pauses entre toutes mes réponses, sous la pression de vingt paires d’yeux qui nous fixaient. J’ai tenté de faire pour le mieux.
« Oui monsieur, nous avons retrouvé vos enfants », j’ai précisé leurs prénoms… « Ils sont de nouveau réunis… Côte à côte, le petit avec le grand… On a l’impression qu’ils dorment… Comme des anges… Nous les avons trouvés à proximité du lieu de leur disparition, éloignés de vingt mètres l’un de l’autre, aujourd’hui à 15h30… »
Il est resté digne. De nombreuses personnes hurlaient autour de nous. Il s’est assis et notre discussion a continué en tête à tête sur le ton de la confidence. J’ai tenté de trouver les mots, pas forcément les bons, mais ceux qui peuvent apaiser. Il ne doit pas y avoir de transfert, nous devons rester professionnels, mais nous sommes aussi des pères, des hommes tout simplement. Cela a duré quelques minutes, il nous a remerciés et nous avons quitté la place en essayant de le faire avec respect pour ceux dont la vie venait de basculer en quelques phrases.
Le retour vers la base a été assez silencieux, je ne bois pas, mais ce soir j’aurais bien pris une rasade de Jack Daniel’s !!
A défaut, ces deux enfants seront dans mes prières ce soir, lorsque j’aurai quitté mon habit de lumière de policier républicain, je retrouverai les convictions théologiques de l’individu que je suis et peu importe le dieu que je prierai, j’espère qu’il prendra en compte ces deux enfants à ses cotés. Dans tous les cas, je prendrai ma fille dans mes bras en me disant que c’est une joie dont il faut profiter à chaque instant. Ce sont eux qui nous donnent la force d’avancer, de nous battre pour leur assurer un avenir décent.
Voilà, certaines journées sont pleines de joies – souvent même – mais parfois elles sont plus éprouvantes, comme celle-ci. Je sais que demain je repartirai pour une nouvelle aventure qui me réservera sûrement de grands éclats de rire. C’est le charme de notre métier, ne jamais savoir de quoi sera fait notre lendemain et c’est passionnant ! Mais pendant de longues nuits encore je garderai en mémoire l’image de ces deux frères unis dans un même destin.
Le temps d’une vague, deux vies s’en sont allées…
PS : je vais entamer des démarches pour faire reconnaître l’acte de bravoure du plus grand des deux frères qui a donné sa vie en tentant de sauver son cadet.
Si votre commentaire est une recherche d'informations générales sur le recrutement, merci de vous rendre d'abord dans la rubrique « Infos Concours et Métiers » où de nombreuses informations sont à votre disposition.


Dimanche 18 décembre 2011 à 17:58
Bonsoir patron,
Je viens de découvrir ce blog un peu tardivement mais c’est avec plaisir et émotion que je vous ai lu. Je constate que votre promotion au grade de commissaire n’a nullement altéré les qualités humaines et professionnelles qui vous caractérisaient déjà à la C.S.75.
Vous êtes un exemple que nombre de collègues et de patrons devraient suivre !
Je vous souhaite simplement une bonne continuation.
Faites attention à vous,
Cordialement.
Lundi 29 août 2011 à 14:27
Bonjour,
j’ai lu sur votre premier article que vous étiez passé en groupe de recherche et d’investigation.
Est il possible pour un gardien de la paix ou un lieutenant d’être affecté la bas en sortant de l’école de police?
Quel rôle occupent ils au sein de cette unitée?
J’espère que vous pourrez me répondre
Dimanche 14 août 2011 à 1:00
Je ne sais pas trop a qui poser la question mais est-ce qu’un docteur en medecine légale peut-il passer le concours d’ingenieur en PTS et exercer son métier de légiste en tant que tel (salaires, lieu de travail, carte professionnelle….)
En attente d’une réponse
Mercredi 3 août 2011 à 11:53
Bonjour,
pourriez-vous me dire comment et quand est-il possible de partir en outre-mer lorsque nous sommes gardien de la paix ?
Merci beaucoup
Cordialement
Jean
Mardi 10 mai 2011 à 14:01
Bonjour,
Presqu’un an sans avoir écrit sur votre blog… etes-vous toujours à Cayenne ?
Vos récits étaient très intéressants. Je suis scénariste, surtout pour des séries policières, je connais la Guyane et votre expérience m’intéressait beaucoup.
J’espère vous lire bientôt.
Bien à vous.
Marie
Lundi 4 avril 2011 à 16:50
Bonjour Joel,
Une question à propos de l’orientation pour exercer le poste de commissaire.
Je prépare actuellement un Master au sein d’une école de commerce. Rien à voir avec les études de droit me direz-vous, mais depuis maintenant 1 an je suis extrêmement motivé à faire ce métier. Apprendre les différents domaines du droit ne me fais pas peur et j’ai du temps devant moi pour préparer ce concours extrêmement difficile.
Ma question est la suivante, est-il raisonnable de commencer sa carrière au sein de la PN directement au poste de commissaire sans avoir eu une ancienneté d’officier ? Comment cela est perçu par nos collègues, de voir arriver un jeune (qui plus est !) qui est censé prendre le contrôle du commissariat ?
Ma question reste assez floue, mais il est vrai que je me la pose depuis pas mal de temps.
Je vous remercie vivement par votre réponse.
Très cordialement.
Guillaume
Mercredi 9 mars 2011 à 10:04
Bonjour,
Tout d’abord je suis très touchée par votre récit si bien écrit.
Ensuite, je prépare le concours de technicien PTS et je bute sur un sujet du programme : le dossier technique de demonstration d’identité ; savez vous ce qu’est ce dossier?
.
Si oui, merci de bien vouloir m’aider
Cordialement
Angélique
Dimanche 30 janvier 2011 à 23:22
Bonsoir,
Bravo pour votre text et pour le sens de mesure dans les moment difficile.
Vous auriez pu etre l’ecrivan…Je suis en train de me renseigner pour rentrer dans la Police, et ca sera avec plaisir si c est pour travailler a cote de gens comme vous.
Cordialement,
Marija
Dimanche 30 janvier 2011 à 15:36
J’ai eu l’honneur de vous rencontrer lors de l’entretien de mon époux pour le vivier Guyane
On sent que vous vivez votre métier intensément avec ses joies et ses peines
La mort de deux jeunes enfants ne peu nous laisser insensible, et devoir annoncer cette
tragique nouvelle à un père éploré n’est pas chose aisée
Je pense qu’il ne vous oubliera pas
Dimanche 12 décembre 2010 à 22:30
bonsoir monsieur, je voudrais vous posez quelques car demain je passe l’oral pour devenir ADS et j’aurais voulus avoir quelques conseille s’il vous plais
Vendredi 10 septembre 2010 à 19:26
salut joel ça fait plaisir de te lire fais toi livrer 2 section cs + un grp D on pourra prendre le soleil et securiser a +
Mardi 10 août 2010 à 9:56
bonjour monsieur le Commissaire,
Quelle belle réussite,toutes mes félicitations,
de la part de la seule femme qui était sous vos ordres à la BAC JOUR 1 ER SECTEUR
Lundi 9 août 2010 à 20:46
Joel,
Juste pour te dire que d’autres témoignages de ce type seront positifs à la fois pour toi qui les donne et les exprime et pour nous qui les recevons et les acceptons. Pour moi c’est aussi le signe que tu portes et exerce ton métier comme tu vis ta vie, de manière intense et aigüe, à vif. C’est là tout le sens qu’il faut attribuer à tes actions et à tes témoignages, qui font de toi quelqu’un de particulier.
Alors continue sur ta lancée, que vive la police à travers toi !
sache que tu manques aux métropolitains
Dimanche 11 juillet 2010 à 20:23
Joel,
je viens de lire votre récit, qui, comme l’a dit Kévin, prend aux tipes.
Je me dirige moi même vers une carrière dans la Police, et je suis consciente que je ne sais pas totalement dns quoi je m’embarque. Les seules choses que je sais sur le métier sont celles que j’ai pu observer dans de nombreux reportages ou que j’ai pu lire dans des bouquins.
Ceci dit, lire votre témoignage, et ceux de vos collegues aide à se faire une idée un peu plus précise, même si je me doute que je ne me rendrait compte des choses qu’une fois » sur place ».
En tout cas, bon courage pour la suite et prenez soin de vous,
Sophie
Lundi 21 juin 2010 à 13:54
Bonjour Patron,
je suis tout à fait d’accord, il est vrai que lors de ma première mission pour découverte de cadavre j’ai compris rapidement que « mon verre » est XXL mais il est vrai qu’il est IMPERATIF d’avoir une soupape qui va libérer le trop plein de temps en temps, et l’humour (parfois les cadavres ont de drôles de positions lorsqu’on les découvre) permet souvent cela.
Sur ce … Bonne Patrouille ! ! !
Jeudi 10 juin 2010 à 15:17
Bonjour Josy
Suite a ces noyades qui ne sont effectivement pas les premières à cet endroit, nous avons sous l’impulsion du Directeur de Cabinet de Monsieur le Prefet de la région Guyane, décidés de nous réunir très prochainement avec l’ensemble des partenaires concrenés pour voir comment mettre en place une campagne d’information et de signalétique pour prévenir de tels drames…
Fais attention à toi…
Joel
Mercredi 9 juin 2010 à 17:39
Bonjour Joel,
Je viens de lire ton article. Malheureusement, à cet endroit devant cet hotel que tu n’as pas
nommé mais que je connais bien, combien d’enfants y sont restés comme ceux dont tu nous
racontes cette malheureuse fin tragique. Si seulement c’étaient les derniers…
Et c’est malheureusement nous policiers, qui doivent encore faire le sale « boulot » d’annoncer
ces choses là aux familles concernées. Et je pense qu’en tant que père , ce n’est pas le plus facile à faire parmi les missions effectuées en Guyane…
Bon courage à toi,
Josy
Mardi 8 juin 2010 à 18:52
En réponse à Stéphanie
Pas de quoi, les premières qualités d’un policier sont : passion, motivation…. vous en disposez alors foncez !
Bonne soirée
Joel
Mardi 8 juin 2010 à 12:33
Merci de votre réponse Joel !
Dimanche 6 juin 2010 à 17:51
Bonjour Yannick
Effectivement le risque d »un transfert » nous guette tous, d’autant plus lorsque nous devenons parents. Le rôle de l’équilibre, de la formation, du partage avec les pairs sont des gardes fous pour nous.
La police est un boulot d’équipe heureusement.
A bientôt, merci pour votre participation à ce post qui montre une fois de plus que nos émotions dépassent largement tous les clivages de grades ou d’affectations !
Au plaisir bonne fin de week end, ici nous commençons un VO de 04 jours dans moins d’une heure avec Monsieur le président du Sénat
Bien à vous
Joel
Samedi 5 juin 2010 à 20:50
Bjr Joêl
Emotion c’est ce qui me reste aprés avoir lu votre article. La mort est présente au quotidien dans notre métier. Ne pas « tranférer » est une necessité impérative, sous peine d’absorber une fois de trop les malheurs de nos concitoyens. Le détachement professionnel dans ce type d’intervention peut apparaitre comme un signe d’inhumanité aux yeux de tout a chacun. Mais ce n’est bien souvent qu’une facade qui un jour ou l’autre se lézarde et le drame surgit.
Triste récit mais si humain.
Vendredi 4 juin 2010 à 20:45
En réponse à Francky
Bravo, beau témoignage, le votre et lemien ne sont que deux exemple de la mémoire collective de notre maison et de ses servants !
je préciserai juste qu’il faut se méfier de notre capacité individuelle à encaisser, il y a trois solutions pour ne pas que le verre déborde: ou réduire la vitesse à laquelle on le rempli -ce qui est difficile- ou augmenter la taille du verre c’est parfois possible par la formation, ou alors mettre une vanne de trop plein qui évitera que tout n’explose un jour avec l’affaire de trop !
je suis pour cette dernière solution, évacuer le surplus d’émotions néghatives au fur et à mesure et là avec l’expérience on arrive à bien se connaitre à anticiper les débordements éventuels.
Bon courage et j’ai été très sensible à votre témoignage.
joel
Vendredi 4 juin 2010 à 20:39
En réponse à Stéphanie
merci pour votre participation pleine d’enthousiasme !
Oui notre métier est esceptionnel, avec des peines -souvent- mais aussi de vraies joies, un sentiment d’appartenance à une famille dans certains services et des rencontres fabuleuses : auteurs, victimes, témoins, partenaires, collègues etc…
SI nous rejoindre est votre choix, je ne peux que vous encourager
Au plaisir de vous lire
Joel
Vendredi 4 juin 2010 à 20:36
En réponse à Dat
merci pour votre compliment surement adressé à l’ensemble de la profession plus qu’à ma petite personne, même si j’en prends une toute petite part pour moi !
Non ce n’est pas facile de tels moments, nous les craignons, les appréhendons, on s’y prépare mais cela ne se déroule jamais comme on l’imagine en cheminant vers les lieux d’une intervention malgré les années !!!
Oui 17 ans, dont la moitié sur le 93, l’autre dans des unités parisiennes et toujours à des endroits ou cela bougeait pas mal !!!
Je suis arrivé en Guyane depuis presque un an -déjà- cela passe de plus en plus vite, et pour ce qui concerne les tortues je vais tacher d’emmener ma fille les découvrir ce week end même si je suis de permanence et que nous avons le Président du Sénat qui arrive pour 4 jours de voyage officiel Dimanche….
Bonne soirée en métropole
Joel
Vendredi 4 juin 2010 à 20:32
En réponse à Olive
Merci de votre commentaire, c’est clair que nous devons extérioriser toutes ces appréhensions, chacun le fait à sa façon, sport, sophrologie, écriture etc…
Tout garder en soi est dangereux sur le long terme, certains collègues semblent ne jamais souffir des situations quotidiennes, c’est là qu’il faut être le plus vigilant pour que sous le vernis ne se cache pas un séisme….
je ne pense pas que ces situations demandent du courage en principale qualité, il faut avant tout être professionnel et humain…. le coté humain pour chercher la moins pire des solutions dans des situations extrêmes, le coté professionnel pour faire notre boulot et assurer notre rôle de « Gardiens de la la paix » au sens régalien du terme.
une nouvelle fois j’insiste sur la necessité de ne pas être que policier, je dis cela mais il m’a fallut 15 ans pour le comprendre lol.
il faut chercher et tenter de trouver un équilibre de vie, cela assure une meilleure réaction dans des situations de stress intense. Mais ce n’est guère aisé en raison de notre vie très décalée -horaires atypiques-.
Je ne suis jamais insensible dans ces situations, mais je le gère assez correctement pendant, mais après on a souvent quelques nuits d’insomnie…
A bientot ayez confiance en vous, soyez indulgeant si un jour vous ne vous sentez pa sur une intervention tant que cela reste exceptionnel, n’oubliez pas que nous sommes une équipe c’est le principal.
Bon courage a très vite
Joel
Vendredi 4 juin 2010 à 15:50
Bonjour Patron,
Cela me rapelle une mission de ce type, réalisée « sans filet » ou « en direct live »…
un soir d’hiver en ile de france…
Nous sommes requis par les pompiers de notre commune qui interviennent dans un logement du centre ville, une dame, dont la famille est sur place (fille et ex-époux) est susceptible d’avoir mis fin à ses jours…
Nous nous rendons sur place, équipage de 4 fonctionaires; une demoiselle accompagnée de son compagnon est là, elle est la fille de la dame, l’ex-époux est également là, nous laissons les pompiers travailler qui s’introduisent dans le logement…
Il ressortent rapidement et nous indique avoir découvert un corps d’une femme sans vie étendu au sol…
Sans délais nous entrons également, nous avisons la famille qui nous confirme d’après le descriptif qu’il s’agit bien de la mère, la fille s’effondre, l’ex-époux se désole…
Et il faut gérer cette situation hautement chargée en émotion, ne pas craquer, ne pas manquer de respect, rester humble et faire son travail, déceler le moindre élément suspect (ce qui fut d’ailleur la cas).
Et rester jusqu’à la levée du corps tout en empêchant la famille de rentrer car nous DEVONS préserver les traces et indices…
Ensuite rentrer au service faire la paperasse, décompresser, pour assimiler, acquérir cette expérience et être apte à assumer une telle intervention à nouveau dans le futur…
Même les récits des « anciens » ne nous préparent pas à 100% à assurer ce type de mission, et le module enseigné à l’Ecole de Police est succinct, alors soit on s’adapte soit on se rend compte qu’on est pas fait pour ce travail, c’est dur à dire mais c’est une bonne épreuve initiatrice.
Quand tout jeunôt j’ai assuré ma première mission pour découverte de cadavre j’étais tout excité car je me demanderais si je pourrais assumer, la vision, l’odeur, etc…
Tout s’est passé comme une lettre à la poste (encore que vu comment tourne la poste en ce moment cette phrase perd de son sens …), et là j’ai su que je pouvais encaisser et bosser …
Sur ce … Bonne Patrouille ! ! !
Vendredi 4 juin 2010 à 10:28
Ce récit est émouvant et montre vraiment que les hommes et les femmes de la police nationale ne sont pas là que pour mettre des amendes comme beaucoup de gens le pensent.
Je trouve ce métier passionnant à cause des difficultés à surmonter mais aussi des joies qu’il peut procurer…
En tout cas j’ai un grand respect pour vous et votre profession.
J’ai hate de faire partie de la police !
Jeudi 3 juin 2010 à 18:43
Tout d’abord, bravo et pour ce que vous apportez dans ce monde. Je conçois que cela ne doit pas être facile d’annoncer un tel évènement à la famille concernée =(
17 ans de carrière…chapeau bas. Vous avez du en voir des choses (plus ou moins bonnes^^). Et combien d’années passées en Guyane?
J’espère que je pourrai réaliser ne serait-ce que la moitié de tout ce que vous avez fait.
En tout cas, encore bravo et bonne continuation ( et bonjour à la tortue luth de ma part^^).
Jeudi 3 juin 2010 à 15:04
Bonjour,
Récit très touchant, on ressent clairement le besoin de « parler », même si cela ne doit pas être facile à raconter et le courage qu’il faut dans ces situations là.
Cette article souligne bien l’une des compétences spécifiques requises pour les métiers de la police en général : être solide mentalement !
Face à la violence, la mort, les familles déchirées… j’imagine que le professionnalisme ne suffit plus ; il faut se « blinder » psychologiquement ! Aucune école ou formation ne prépare à cela.
J’espère savoir « traiter » et « gérer » ce genre d’affaire aussi respectueusement que vous à l’avenir, en tant qu’OPJ ! En fait, j’espère être le moins souvent possible témoin de ce genre de drame…
Bon courage pour vos démarches futures,
Olivier.
Mercredi 2 juin 2010 à 15:14
Bonjour Loic,
Merci de votre commentaire.
Nous sommes retournés hier soir sur cette plage pour apercevoir une tortue LUTH qui pondait, spectacle fantastique qui se déroulait à trente mètres à peine de là ou les deux corps se trouaveint il y a peu. Successions de drames et de féerie. Il faut tenter d’accepter les choses, mais je n’oublierai pas si facilement ce drame.
Bonne journée.
Joel
Mercredi 2 juin 2010 à 13:12
Bonjour joel,
Très beau post. Vous avez su retranscrire dans une belle émotion un évènement pourtant dramatique, et ô combien redouté par nous tous.
Bonne continuation et bon courage.
Loïc.
Mardi 1 juin 2010 à 11:40
Bonjour kevin,
Effectivement en rentrant dans la Police il faut être pleinement conscient que nous affrontons tous un jour ou l’autre des moments difficiles. cela fait aussi la grandeur du métier quand certains pensent que nous ne sommes que des personnes dénuées d’esprit critique ou de coeur
.
A bientôt kevin
joel
Mardi 1 juin 2010 à 11:16
Bonjour Joel,
Vous relatez ici un évènement bouleversant, permettez-moi l’expression, qui prend aux tripes.
Ce type d’évènement fait certes parti du métier, il n’en demeure pas moins qu’il doit nous habiter l’esprit pendant un temps, ce ne doit pas etre facile : l’annonce à la famille, la réaction … et l’après pour soi.
Je tenais simplement à saluer votre post, plein d’émotions qui nous donne à voir « un aspect noir » de la profession.
Comme vous le soulignez, fort heureusement qu’il y a son lot de joie aussi dans l’exercice des fonctions.
Bien à vous Joel
Kévin.
Lundi 31 mai 2010 à 14:57
En réponse à Eric,
bonjour, votre réponse me touche car je sais que comme moi vous connaissez ces instants difficiles…. Nous en parlons rarement même entre nous, mais il nous restera toujours, des visages, des odeurs, des sensations pénibles. Cela explique notre necessité de vivre d’une façon équilibrée pour apaiser ces maux. Encore merci à nos ami(e)s nos familles qui nous soutiennent même quand le soir nous rentrons taciturnes et encore troublés par nos journées.
A bientôt Eric
Joel
Lundi 31 mai 2010 à 14:55
En réponse à Flo,
Non nous ne gardons pas de liens avec les familles en général. Vu le rythme de ces drames ce serait non seulement difficile mais en plus cela nous chargerait d’une quantité d’émotions très difficiles à gérer. Il faut éviter les « transferts » pour que nous puissions nous protéger nous aussi. Il m’arrive parfois de m’adresser à des professionnels pour évacuer des surplus de tensions, ou d’émotions qui à long terme pourraient me laisser des traces difficiles à gérer.
Nous avons le Service de Soutien Psychologique Opérationnel SSPO qui peut organiser des debriefing psychologiques en cas de necessité pour un fonctionaire ou un service complet.
Mais néanmoins je reste en contact avec quelques personnes avec lesquelles j’ai été en contact dans des situations dramatiques traversées dans mes 17 années de carrière. je repense à une situation d’une jeune fille qui était dans une secte et que nous avons réussi à sortir de là. j’ai régulièrement de ses nouvelles et je suis heureux qu’elle aille bien 10 ans après. Ce sont de petites satisfactions qui valent toutes les récompenses du monde.
Voilà Flo
Bonne Journée
Joel
Lundi 31 mai 2010 à 11:08
Bonjour Joel.
Récit empreint de respect et de professionnalisme. Bravo c’est vraiment des missions de redoutent tous les fonctionnaires de Police et ce n’est pas simple à gérer.
En espérant que votre dernière démarche puisse aboutir.
Cordialement
Eric
Lundi 31 mai 2010 à 9:45
Bonjour joel ,
Par chance je ne travail pas le week end , enfin par encore .. LOL ( je travail à la police scientifique de lyon en attendant mon incorporation en école )
Je voulais savoir, si parfois vous retournier voir les parents des 2 victimes, ou si eux gardent un liens avec vous ??
cordialement
flo
Vendredi 28 mai 2010 à 19:40
Bonjour Flo
Merci de votre commentaire, comme d’autres articles -celui sur la police en deuil par exemple-, il m’arrive parfois d’avoir besoin d’exprimer ce que nous ressentons au plus profond de nous sans chercher des artifices de narration.
Cette situation fut délicate à gérer et je tiens sur ce blog à remercier personnellement le Capitaine E.C qui se trouvait avec moi pour aller voir la famille des deux petites victimes. moment éprouvant mais qui démontre une nouvelle fois que notre métier est atypique.
Je suis retourné depuis sur cette plage la nuit tombée avec ma compagne et ma fille pour tenter de voir les tortues Luth qui pondent parfois le soir venu en ce moment. J’avoue que l’apréhension de découvrir un autre corps sera encore présente pendant quelques mois. Mais la vie se poursuit, avec ses instants magiques !
A très bientôt Flo si vous avez la chance de ne pas travailler ce week end
Joel
Vendredi 28 mai 2010 à 14:03
Un récit Très touchant !!! Bravo à vous Joel pour ce récit .
Rien n’est plus fort que les liens fraternels et familliaux et Ce recit le Démontre .
J’espère que votre démarche aboutira car je trouve que c’est une excellente idée !!
Au plaisir de vous Lire de nouveau
Flo