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Valérie, je suis content de te voir

Lundi 9 août 2010

Plus de 3 ans, que j’ai quitté le terrain. Qu’est devenu Julien* ? Julien est un petit garçon pas comme les autres. Et aujourd’hui, bizarrement, il me manque.

J’ai rencontré ce petit bonhomme au début de ma carrière. Il n’avait pas tout à fait 1 an. Et comme pour les rencontres suivantes, c’est un différend entre les parents qui est à l’origine de ma visite dans sa chambre. Dans le salon, le père et la mère nous donnent leurs versions des faits. Un ancien de la patrouille m’avait prévenu, on intervient 2 à 3 fois par mois chez eux. C’est toujours la même chose.

Les différends familiaux sont nombreux, tous identiques. Les protagonistes se rejettent la faute mutuellement, il y a souvent un fond d’alcool, des coups, … Mais ce n’est jamais pareil, et il faut surtout éviter la routine, car l’habitude, c’est dangereux.

Et au milieu, les enfants ! Après avoir parlé à la mère, le chef me demande de vérifier que les enfants vont bien. La maman me montre une porte au fond du couloir, je m’y dirige.

Lentement, je pousse le battant et avec le filet de lumière du couloir, j’aperçois pour la première fois la petite tête blonde. Je découvre Julien, assis dans son lit qui pleure en silence. A ma vue, il tend les bras. Je ne suis pas maman, mais on ne peut pas rester insensible à ça. Je m’approche, lui parle doucement. Je le recouche, lui donne sa tétine, son doudou et met en route la boite à musique. Il va bien si on peut dire. La situation a été calmée, pour ce soir là. Mais malheureusement, je vais revenir souvent à cette adresse.

Au fil des 8 ans passés sur le secteur, les violences ont parfois été très graves. Le père a fait de nombreuses gardes à vue, de la prison. Le couple a fini par divorcer. J’ai vu grandir Julien, devenir un petit homme qui a expliqué la situation à ses maitresses. Il a appris à téléphoner aux secours lorsque sa maman ne pouvait pas le faire elle-même.

Les services sociaux ont suivi la famille. Mais ce cas n’était pas prioritaire, l’enfant n’était pas frappé, il était nourri, logé, habillé et allait à l’école.

Peu avant mon départ du secteur, je suis une nouvelle fois intervenue. Le père ivre voulait, à 3h du matin, voir son fils. Julien du haut de ses 8 ans m’a accueilli avec un sourire.

- « Valérie, je suis content de te voir, y a longtemps que je t’ai pas vu. »

Que répondre à ça, à part que cela n’a rien de normal. Un enfant de cet âge peut avoir de l’admiration ou de la peur à la vue d’un policier. Mais un enfant ne devrait pas connaître le nom d’un policier parce que celui-ci vient régulièrement chez lui.

Aujourd’hui, l’aide que je peux apporter à ces enfants qui courageusement téléphonent aux secours lors des bagarres entre les parents, c’est rendre l’attente moins longue. En effet, même si mes collègues ne mettent que quelques minutes pour arriver, l’attente semble toujours interminable dans de telles circonstances. Et pour tous les intervenants, parents ou non, ces missions sont toujours difficiles car on ne peut pas rester indifférent à celles et ceux qui n’ont rien demandé et qui subissent de telles violences.

* Le prénom de l’enfant a été volontairement changé.


31 réponses à “Valérie, je suis content de te voir”

  1. clementitine a dit:

    bonjour Valérie

    je part le mois prochain a l’école de police, je suis maman et je suis en grand doute en se qui concerne mes capacitées à me contenir face a se type d’inter .
    de plus beaucoup de témoignage de policier frustré par le manque de suivi de la justice ( le chat et la souris ) me font peur …

    en se qui concerne ton témoignage, on peut voire ta générosité humaine rien quand te lisant rien que pour ça je te dit merci .

  2. Maxence a dit:

    Bonjours Valérie ton témoignage est vraiment triste.
    Le métier de policier n’est pas souvent facile.
    Le petit Julien à dû passé des moment difficile.
    À bientôt

  3. Valérie a dit:

    Bonjour Jocelyne,

    Oui des liens se créent et pas forcément avec les personnes que l’on revoit souvent.

    Et pour ce qui est de le revoir. Non, car il faut rester à sa « place ». En effet, il ne faut pas trop s’impliquer car il ne faut pas se laisser envahir par toutes les situations difficiles. De plus, être trop présent pour une victime signifie aussi, qu’elle ne peut pas se débrouiller seule ou trouver ailleurs le soutien dont il a besoin.

    En espèrant que tout va bien !!!
    A bientôt

    Valérie

  4. jocelyne V. a dit:

    bonjour Valérie,

    c’est un témoignage vraiment triste, et de voir un enfant souffrir ce n’est jamais simple à gérer.

    or, je reste persuadée que indirectement vous avez beaucoup apportée à cet enfant.

    je pense qu’il a trouvé en vous « sa maman », toujours là pour le défendre, le calmer et le rassurer lors des moments difficiles, vous étiez pour lui une personne de confiance sur qui il pouvez compter et se reposer à tous moments!!

    je comprends que c’est difficile pour vous de ne plus avoir de ses nouvelles, car au bout de 8ans les liens sont là, et ça doit être de même pour lui!!

    ne serai-t’il pas possible pour vous de le revoir?

    je pense que d’être policier ce n’est pas toujours facile,car non seulement il faut gérer les situations difficiles sur le terrains mais surtout apprendre à ne pas se laisser envahir par les sentiments.

    bon courage et merci de vous dévouer pour nous tous!!!

    jocelyne V.

  5. Valérie a dit:

    A Djams 972,

    Bienvenue sur ce blog, et à bientôt dans la police.
    C’est une des difficultés du métier, mais aussi une nécessité, on ne sait pas souvent ce qu’il se passe après les interventions.
    Nous ne partageons qu’une tranche de vie des gens, souvent dans la douleur, et il est très rare de les revoir (et heureusement).
    Mais cela est aussi nécessaire pour garder notre neutralité et intervenir sereinement.

    A une autre fois sur le blog
    Valérie

  6. Valérie a dit:

    Chère Géraldine,

    Je n’aurais qu’un conseil, NE LE LAISSE PAS CONTINUER !!!
    Oui, tu n’es plus avec lui et il ne te frappe plus, mais en te posant la question de savoir si tu peux entrer dans la police, tu le laisses gagner. Utilise cette colère et cette expérience douloureuse pour aider les autres.
    Oui, il n’est pas toujours facile de garder son sang froid. Mais dans un équipage, on apprend vite à connaître ses collègues, savoir, les missions qu’ils aiment ou pas.
    Parfois, j’ai eu beaucoup de mal à conserver mon sang froid face à ces parents.
    Mais le policier n’est jamais seul pour intervenir, et ces jours là mes collègues prenaient le relais.

    Alors si tu es vraiment motivée FONCE !!!

    A bientôt
    Valérie

  7. Valérie a dit:

    A Hervé,
    En tant que collègue, quelque soit ton service, je sais que comme tous les hommes et les femmes qui font ce métier, tu as toi aussi rencontré des enfants, ou des adultes qui ont marqué et qui marqueront longtemps ta carrière.
    Et rester humain, c’est notre plus belle arme.

    Bon courage,
    Valérie

  8. Valérie a dit:

    Bonjour Jé,

    Tout d’abord, désolée de répondre si tard à ton message,
    Ensuite, merci de tes encouragements, cela fait plaisir de voir que les gens reconnaissent notre travail.
    C’est vrai que cet enfant, comme tant d’autres sera marqué, mais avec l’aide de la police, de ses professeurs, et autres, j’espère qu’il s’en sortira.
    A bientôt
    Valérie

  9. djams972 a dit:

    valérie,

    j’ai décidé de consulter ce blog parce que je veux rentrer dans la police nationale et je peux t assurer que cette histoire me donne la chair de poule c est si triste comme tu dis qu’un enfant dise être content de te voir dans de telles circonstances moi je pense surtout a son avenir.Que deviennent ces enfants après avoir vécu une enfance ainsi?c’est vraiment dur sa c est sure et certain!!Ton histoire m encourage et me bouste pour rentrer a la police nationale merci!!

  10. Roux Géraldine a dit:

    Que dire sur cette histoire, si ce n’est qu’elle n’est pas facile a lire du fait qu’elle me touche beaucoup, et malheureusement il y en a beaucoup comme ça et même pire et c’est dans des moments comme cela que je me demande si rentrer dans la police ne serait pas une erreur pour moi car j’aurais beaucoup de mal à ne pas etre trop impliquée et touchée pour sauver ces vies et quelle colère dégagerai-je envers la personne violente ? je ne sais pas si j’aurais tout mon self controle. Comment une personne peut se permettre de pourrir la vie des autres juste pour son bon-vouloir?! Ayant subie, en tant que « femme » (22 ans) battue, ce genre de violences de la part de mon petit ami pendant 2 ans, je ne tolère plus des choses pareilles!

  11. Hervé a dit:

    Policier et père de trois enfants dont la petite dernière vient de fêter sa première année, j’ai les larmes aux yeux en lisant ce texte. Il faut dire que ce genre de situations conflictuelles de nombreux flics ont été ou y seront confrontés. Hélas. Alors lorsque, parfois, le privé s’en mêle…
    Bravo pour l’humanité de ce témoignage. Il prouve aussi qu’une femme reste avant tout une mère. C’est beau.

    A bientôt ici ou ailleurs.

  12. a dit:

    Bonjour Valérie.

    C’est triste de voir que c’est peut être cet enfant qui en appelant évite un drame plus grave entre ses parents. Combien de temps sera t il marqué dans sa vie..?
    L’on voit bien encore une fois par ce témoignage que la Police (et la gendarmerie) à un rôle de proximité.
    Dans ce cas précité il n’y a que vous, les services sociaux n’intervenant pas…

    Perso, je prendrai contact avec l’école de l’enfant afin de les sensibiliser sur celui-ci.

    Il y a des fois ou je me dis que certains parents devraient passer des tests psychotechniques.

    C’est bien ce que vous faites. Bon courage.

  13. Valérie a dit:

    Bonjour MM,
    Concernant les filières de la police, le principe de base est de passer un concours, gardien de la paix, lieutenant ou commissaire.
    A l’issue de ta scolarité, tu as un choix des postes.
    Ensuite tout au long de ta carrière, tu peux répondre aux demandes de personnel pour d’autres services, comme la brigade des mineurs par exemple.

    Et puis, en découvrant les différentes interventions, on change parfois d’avis en découvrant d’autres spécialités.

    A bientôt
    Valérie

  14. Valérie a dit:

    Bonjour Nathalie,

    On ne peut pas agir pour les autres. Tu as peut être prévenu ton ami des risques, mais il était difficile de l’arrêter. Aujourd’hui, il faut rester à ses côtés dans ces moments difficiles.
    Bon courage.

    Valérie

  15. MM a dit:

    Bonjour Valérie,

    Merci pour ton témoignage vraiment touchant.
    J’aimerais travailler dans la police dans une filière concernant les enfants par exemple sur des enquêtes d’enfants disparus mais personne ne peut me donner d’informations.

    Bonne continuation, dans l’attente de te relire…

  16. NATHALIE95740 a dit:

    Bonjour à toi,
    besoin d’un petit conseil car tu dois avoir de l’expérience : que faire quand on a prévenu depuis bien longtemps qu’il y aurait une catastrophe dans le voisinage et que la personne est en coma éthylique depuis cette nuit ?? Etant seule, il y avait une foule de gens chez lui, personne n’a pris soin de lui retirer le verre des mains sachant qu’il est malade en lui disant « stop, tu risques gros »
    Avec plus de prévention cela aurait pu être évité….

    Bon courage à toi

  17. Valérie a dit:

    Merci beaucoup Perrine,
    Et à bientôt sur le blog
    Valérie

  18. Perrine a dit:

    Bonjour,

    Je me joins au commentaire de Clément…c’est également ce que je pense.

    La police nationale est là pour protéger les citoyens et pour de nombreuses autres missions.

    C’est bien dommage que certaines personnes ne puissent pas respecter et apprécier ce milieu à sa juste valeur.

    Je parle en connaissance de cause pour avoir effectuer plusieurs stages dans le milieu (ENP et commissariat de police).

    Bonne continuation à vous

    Perrine

  19. Valérie a dit:

    Merci Yannick,
    Je me permettrais de rajouter, « heureusement que l’on ne s’habitue pas ».

    Valérie

  20. Valérie a dit:

    A Nathalie,
    Malheureusement, j’utiliserais une phrase commune dans ce genre de situation « Mais je l’aime ». Il ne faut pas oublier que cette femme comme tant d’autre a eu, avait et a peut être encore des sentiments, pour celui, qui n’a peut être pas toujours été comme cela.
    Et que malheureusement, ou heureusement, les policiers ne peuvent pas croire tout le monde sur leur bonne foi. Il faut des preuves, des plaintes, …

    A bientôt sur le blog
    Valérie

  21. YANNICK a dit:

    30 années de police bientôt et je m’habituerais jamais aux interventions concernant des enfants. Surtout élévés dans la violence, l’alcool, la bétise…
    Il ne faut jamais oublier que nous intervenons en tant que policier certes mais que notre coté papa ou maman ressurgit assez vite et fort. Ce ne sont pas des situations faciles à vivre.
    Bravo pour ton récit Valérie. Il est poignant.

  22. NATHALIE95740 a dit:

    Pourquoi doit t on attendre si tard pour intervenir ? Car l’épouse de cet homme mérite d’être aidée et ne pas continuer à subir les violences de son compagnon, cela pourrait sauver une vie, d’autant que ce monsieur est déjà bien connu des services de police, par ailleurs même si les parents ont divorcé qui nous dit qu’il ne recommencera pas avec une autre compagne ? L’enfant a bien été suivi, seul bémol : vivre aussi longtemps au milieu d’un climat de violence n’est pas sain du tout pour lui…

  23. Valérie a dit:

    A Yam,
    Tu as bien raison quand tu dis que la formation ne remplace pas le terrain. Je me souviens qu’en école, il y avait un cours sur l’ »Avis à famille ». Le formateur nous a donné le cours sur papier puis nous a dit je vais vous raconter la première fois où j’ai du annoncer un décès.
    Cela lui était arrivé 20 ans plus tôt mais il s’en souvenait encore en détail.
    Chaque mission est unique mais nous apprend à mieux réagir, et à mieux encaisser même si parfois cela est très dur.

    Merci de ton commentaire – Valérie

  24. Valérie a dit:

    Merci beaucoup Antoine,
    Il est vrai que beaucoup de gens oublie que sans l’uniforme qui nous caractérise, nous sommes des citoyens comme les autres. Avec les hauts et les bas, mais il faut faire face et intervenir sur toutes les mission.
    A bientôt
    Valérie

  25. Valérie a dit:

    Bonsoir Valérie,

    Ton message tombe bien, il vient d’être annoncer que la restriction de taille ne s’appliquerait plus.
    Alors renseigne toi, et peut être à bientôt parmi nous. Et merci pour vos encouragements.

  26. Mission animation recrutrement a dit:

    Pour valérie : confirmation, depuis un décret sorti hier au Journal officiel il n’ya plus d’obligation de taille minimum pour devenir gardien de la paix, officier ou commisaire de police.
    .

  27. yam a dit:

    A l’attention de Valérie qui ne pouvait rentrer dans la Police Nationale en raison de sa taille, les choses bougent ! en effet désormais plus de taille minimum afin de faire carrière dans la Piolice Nationale. Renseigne toi et bonne chance.

    De manière plus générale il est vrai que certaines situations que l’on rencontre dans notre profession vous marquent plus que d’autres. On a du mal certaine fois a se défaire d’un regard, d’une situation particulière tant l’émotion est forte. Gérer une intervention de police (surtout lorsque que l’on rentre dans le cercle familial) est toujours délicate, il faut tenir compte de l’état d’esprit des protagonistes, du lieu dans lequel on intervient et canaliser sa émotion. C’est un équilibre parfois précaire !

    La formation en Ecole de Police bien que compléte ne vous prépare pas a ce genre de situation, c’est l’expérience et son « vécu » qui font la différence.

    Pour autant, pour avoir fait quelques années de police secours à Paris et en Province, on ne s’habitue pas a la misere et à la bétise humaine, on ne s’habitue pas a la vue d’un cadavre, mais on « gére l’urgence » et l’on passe a autre chose.

    En tout cas merci à Valérie de donner une autre image du métier, celle de Femmes et d’Hommes au service du citoyen !

  28. antoine a dit:

    Bonjour Valérie ,

    Encore une fois c’est un très bel article que vous partager avec nous et durant lequel nous pouvons ressentir de vives émotions !
    Cet article montre aussi que les policiers sont avant tout des Hommes et des Femmes au service de la population , mais qui malheureusement sont souvent mal compris .
    Merci pour cet article et pour le travail que vous exercé , en espérant vous relire prochainement .
    Bonne continuation .
    Antoine .

  29. valérie a dit:

    vos témoignages sont poignant, le petit Julien donne mal au ventre, heureusement qu’il exciste des gens comme vous pour les aider au maximum, j’aimerais etre des votre en particulier conducteur de chien,malheureusement je mesure 1m58!!!! (j’ai pourtant un BAC pro canin)alors merci encore pour vos témoignages, continuer…

  30. Valérie a dit:

    Merci beaucoup Clément,
    Je pense que pour supporter les difficultés de ce métier, il faut vraiment avoir la passion.
    Et c’est un plaisir de pourvoir témoigner du bon comme du mauvais sur ce site.
    A bientôt
    Valérie

  31. Clément a dit:

    Bonjour Valérie,

    Plus je consulte ce blog et plus j’ai envie de rentrer dans la police nationale. Vous et l’ensemble de vos collègues transmettez vraiment bien votre passion pour ce métier. Lorsqu’on lit vos témoignages à tous, on ressent votre volonté d’aider les gens et de les protéger. Ce témoignage en est encore une parfaite illustration.
    Alors, MERCI de nous parler de votre métier comme vous le faites.



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