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Macabre découverte

Lundi 12 novembre 2012

Cette histoire commence un jour de juillet, à l’arrivée d’un vol international.

L’avion se vide de ses passagers, qui récupèrent leurs bagages et rentrent normalement chez eux. Pendant ce temps, c’est l’effervescence à bord : nettoyage, plein de kérosène, vérifications techniques avant que l’avion ne redécolle vers une nouvelle destination.

C’est lors de ces opérations que l’un des responsables de l’équipage constate un dysfonctionnement des toilettes de l’aéronef. C’est l’intervention d’une équipe technique qui permettra d’en déceler l’origine : la présence dans les toilettes d’un fœtus sans vie.

Les investigations commencent. Vu la gravité des faits, le magistrat est immédiatement avisé et décide de saisir la brigade criminelle de la Division de la Police Judiciaire de la Préfecture de Police, pour des faits d’homicide volontaire.

L’ensemble des passagers débarqués, les enquêteurs se concentrent à la fois sur les investigations techniques et sur les témoignages des membres d’équipage. Un certain nombre de housses de siège présentant des traces de sang sont placées sous scellé en attente d’analyse.

Pendant ce temps, le fœtus est envoyé à l’Institut médico-légal de Paris pour y être autopsié.

C’est cette autopsie qui permet rapidement de conclure à une expulsion spontanée à terme de 20 à 28 semaines d’un fœtus mort in utero. Il n’est alors plus question d’homicide volontaire. Procéduralement, cela signifie que la Brigade Criminelle est dessaisie et que c’est l’Unité Judiciaire de Roissy qui va poursuivre l’enquête, cette fois pour les faits de disparition inquiétante de la mère du fœtus et recherches des causes de la mort.

C’est le témoignage de l’une des hôtesses qui va alors nous permettre de remonter jusqu’à la mère. En effet, cette hôtesse nous confirme que l’une des personnes qui se trouvait sur un siège où du sang a été découvert lui avait semblée enceinte et s’était plainte de douleurs au ventre avant d’embarquer sans pour autant avoir accepté d’être examinée par un médecin avant l’embarquement.

Grâce au listing des passagers, nous avons donc un nom, et nous apprenons qu’elle était en outre accompagnée de deux enfants en bas âge. Grâce au nom, nous obtenons un numéro de passeport, et par le numéro de passeport, une adresse.

La réservation d’avion nous fournit également un numéro de téléphone portable, appartenant à un homme, demeurant à la même adresse que la femme que nous cherchons.

Nous décidons pourtant de ne pas contacter cet homme. Il ne faut pas perdre de vue que nous n’avons aucune certitude sur ce qui a pu mener à cet évènement : cet homme est-il le père du fœtus décédé ? le père de la femme recherchée ? Cet homme est-il au courant de ce qui s’est passé ? Etait-il au courant de l’état de grossesse de la passagère ? Cette femme n’était-elle pas partie à l’étranger pour mettre fin à la grossesse sans que le père ne soit au courant ? Ou tout simplement, cette femme avait-elle pris la mesure ce qui était en train de se passer ?
Toutes ces questions nécessitent que nous ne parlions qu’à la mère et à aucune autre personne. C’est elle que nous devons trouver.

Il est décidé de procéder à l’audition de la mère à son domicile, dans un environnement qui lui soit favorable. Pour cela, il faut préalablement que nous parvenions à la contacter. C’est cette fois grâce à la caisse d’allocations familiales, organisme auprès de qui la mère avait déclaré son état de grossesse, que nous parvenons à obtenir un numéro de téléphone portable.

Nous sommes alors 4 jours après les faits, il est environ 18 heures et nous sommes suspendus aux lèvres de notre collègue qui compose le numéro de téléphone, dans l’attente de connaitre la teneur de la conversation.

C’est un homme qui répond. Ma collègue lui demande alors à parler à la femme, que nous avons prévu de rencontrer le lendemain matin. Je vois ma collègue pâlir et nous lancer un regard incrédule. Elle appuie sur la touche de haut-parleur juste à temps pour que nous entendions son interlocuteur dire : « C’est mon ex conjointe, elle est morte avant-hier à l’hôpital ».
Ma collègue met fin à la conversation et raccroche.

Nous sommes trois enquêteurs à travailler sur ce dossier depuis trois jours. On se regarde, abasourdis, sonnés par cette nouvelle. On doit vérifier.

En urgence, avant que les administrations ne ferment : appel à l’hôpital, à la mairie de l’arrondissement où se trouve l’hôpital pour savoir si ce décès a effectivement été enregistré. Et c’est vrai. Elle est morte avant-hier à l’hôpital. Pour nous, une grande claque. Après l’euphorie de l’enquête et des recherches, le poids de la nouvelle. Un fœtus et sa mère morts en l’espace de trois jours.

Mais pour nous, l’enquête ne s’arrête pas : nous devons impérativement lever le doute sur la filiation du fœtus et de cette femme.
Au moment de son décès à l’hôpital, vu son jeune âge, un obstacle médico-légal était posé (c’est-à-dire qu’une autopsie devait être pratiquée), et une enquête était ouverte au commissariat local pour recherches des causes de la mort. Une enquête classique, qui s’est ouverte avant-hier en parallèle de la notre, avant même que nous le sachions.

Ce n’est que quelques jours plus tard, grâce aux analyses génétiques comparées de cette femme et du fœtus que nous pourrons conclure notre enquête.

Elle était bien la mère.

©DRCPN/SDFDC/DREC/MPRPC


8 réponses à “Macabre découverte”

  1. lilou a dit:

    Bonjour,
    Merci de nous faire partager votre experience.
    J’aimerais savoir pourquoi vous avez choisi la PAF. En quoi est elle intéressante?
    Merci pour votre réponse.

  2. mayeulle a dit:

    bonjour Loïc,
    je suis en première, et la police judiciaire m’intéresse depuis que je suis toute petite. cependant, je suis une fille qui a besoin d’être encadré lors de ses études, sinon je ne bosse pas, car il faut dire que le lycée ne m’intéresse pas mais je suis sur que dès que je ferai qlque chose qui me plaira je me mettrai enfin a travailler!!!. j’aimerais donc faire un IUT de droit avant d’essayer le concours de l’ENSOP mais je voudrais savoir si l’IUT et un bon choix ou il faut mieux passer par la fac??
    bonne continuation
    Mayeulle

  3. Loïc a dit:

    Bonjour Al,

    Merci pour votre message, j’essaye de retranscrire au mieux ce que nous vivons. Ce n’est pas toujours facile, alors je suis content d’y parvenir parfois…

    Bien cordialement,

    Loïc.

  4. Al a dit:

    Salut Loïc,

    A chaque fois que j’ai eu l’occasion de te lire, je suis ravi mais surtout agréablement surpris par la mesure avec laquelle tu sais tenir en haleine le lecteur que je suis.

    Je suis convaincu de ne pas être le seul dans ce cas !!!

    Bonne continuation.

    Alex.

  5. Loïc a dit:

    @Nicolas,

    Je ne suis pas sur que ma réponse te satisfasse pleinement, mais je vais essayer de t’éclairer.

    Il est fort probable que tu puisses choisir un poste à la PAF dès ta sortie d’école (notamment à Roissy, qui est un service extremement demandeur en terme d’effectifs…). Cepandant, il est vrai que la Police Aux Frontières ne t’offrira pas les moyens d’utiliser pleinement tes capacités linguisitiques. Tu pourras évidemment utiliser ces langues, notamment dans les relations au public (nous sommes avant tout un service public!) et dans les premiers actes procéduraux, mais en terme d’investigations, nous faisons quasi-systématiquement appel à des interprètes.
    En effet, l’interprète doit être neutre dans une procédure, et donc ne peut être ni d’un coté (fonctionnaire de police) ni de l’autre (ami du mis en cause par exemple).

    Je pense que des acquis tels que les tiens seraient certainement utilisés à meilleur escient dans des services de renseignements. Mais pour cela, je ne me prononce pas, je ne connais pas bien leur politique de recrutement…

    Enfin, il me semble que tes diplomes de langues puissent être « reconnus » par l’administration de la police, à condition que leur utilité soit reconnue dans ton service, et à ce titre te faire bénéificer de primes…mais je ne connais pas les textes qui régissent ces situations…

    Bonne continuation (et bonne année, c’est la saison…!!!)

    Loïc

  6. Nicolas a dit:

    Bonjour Loic!

    Tout d’abord, merci pour vos articles… Je me pose une question dont je ne trouve nulle part la réponse…

    D’abord je me présente rapidement:
    J’ai 21 ans et je souhaiterai passer le concours pour devenir gardien de la paix en 2014 (avant je veux finir mon diplôme… Chaque chose en son temps). J’imagine que 22 ou 23 ans n’est pas trop tard…
    En réalité j’ai une particularité, je parle 6 langues. Je suis Français et le français est ma langue maternelle. Je parle très bien l’Anglais, l’Espagnol, l’Allemand, l’Arabe et le Russe (ce dernier un peu moins bien). Je n’ai pas le niveau d’un interprète de l’ONU mais j’ai au minimum vécu 6 mois dans un pays de chacune de ces langues. J’y ai le plus souvent pris des cours et je possède des certificat qui attestent mon niveau.

    Ma question est peut-on obtenir un poste à la PAF à la sortie d’école de GPX? Un poste qui ne soit ni en CRA ni au contrôle des passeports? Je dis ça parce que dans mes longues recherches sur les forums, j’ai l’impression que la PAF n’offre pas de postes très intéressants à ceux qui sortent d’une école de GPX… Je pense à un poste d’investigation, de renseignement ou en VP… Et cela sachant que je parle 6 langues qui doivent certainement être utiles à la PAF.

    Merci d’avance pour votre réponse, bonnes fêtes de fin d’année et bonne continuation pour votre carrière!

    Nicolas

  7. Loïc a dit:

    @ Charlotte

    Merci pour votre commentaire. Je suis content de voir que notre profession continue d’attirer de nouvelles vocations !

    Bon courage à vous, et bonne continuation.

    Cordialement,

    Loïc.

  8. Charlotte a dit:

    Bonsoir Loïc

    C’est vraiment un article très poignant et surprenant à la fois.Je dois dire que c’est, encore une fois, très surprenant de se dire que de telles choses puissent arriver, ça donne froid dans le dos, et je suppose que se doit être vraiment très triste aussi pour la famille de la défunte-mère.

    Je suis en première année de droit (toujours prête à tenter le concours de lieutenant après la licence) et je dois dire que les termes « filiation », « foetus sans vie » ou encore « disparition » ne me sont plus inconnu sur le plan juridique, ce qui m’amène à mieux comprendre.

    Sur ce bonne continuation à vous
    Cordialement
    Charlotte

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