L’expert « en » comptabilité
Jeudi 4 mars 2010
C’est Audiard qui le disait dans un de ses films : « je suis expert en comptabilité, pas expert comptable ». Le type que j’ai rencontré ben… il a été… un expert en comptabilité… et il est devenu un « suicidé » de très belle « facture ».
C’est juste après cette enquête que j’ai lu « L’empire des Loups » de Jean Christophe GRANGE, et j’ai compris que « les Loups Gris » sont des mots à ne jamais prendre à la légère.
Je suis à la Brigade Financière depuis peu, et on ne peut pas dire que je connaisse tous les secrets de la finance et du « plan comptable », mais à la vue de l’enquête qui me tombe dessus ce matin, vous saurez que ce monde est… surprenant et qu’il peut être… dangereux.
Il fait beau en ce matin de juin sur Paris. Le soleil inonde les rues et les gens ont l’air plutôt sympa, c’est rare. J’attache mon vélo au pied du prestigieux immeuble de la BF et je me pointe devant l’ascenseur, mais pour la troisième fois cette semaine, il est encore en panne. Allez courage, il y a juste 10 étages avant de rejoindre mon bureau. Un supplément de sport ça fait pas de mal…
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Un drôle de titre pour une drôle d’histoire.
S’il est une qualité indispensable à un flic, c’est bien d’être obstiné, voire… extrêmement obstiné !!!! Et ce mot me semble bien approprié à l’aventure qui va suivre. La dernière fois, je vous avais laissé sur une enquête mettant en scène, c’était le cas de le dire, un… metteur en scène et un flic… persuasif. Cette fois-ci, voici un flic… obstiné. Encore une fois, cette aventure va commencer aux plaintes. Je tiens à dire à tous ceux qui vont entrer dans la police et plus spécialement à la Police Judiciaire… Les plaintes, c’est un vivier d’excellentes affaires. C’est certain que c’est… chi… mais c’est là où tout se passe.
Un samedi aux plaintes de la PJ du XIII ème arrondissement de Paris. C’est long les week-ends, et c’est triste les plaintes. Non présentation d’enfants, dégradations de véhicules, vols, cambriolages, coups, violences, les stigmates d’un vendredi soir comme il s’en passe partout en France. Sauf que…
Les plaintes dans un commissariat de quartier c’est formateur mais très ennuyeux, pour un jeune policier affecté à l’investigation. On écoute la misère du monde. On tape des plaintes à longueur de journée. On garde les enquêtes les moins passionnantes et on doit « laisser » les plus croustillantes à la DPJ. C’est ça les consignes. Un flic ça aime pas « laisser » ses enquêtes à un autre. Alors, des fois, on oublie de « shooter » à la DPJ et on enquête soi-même. Et on trouve le voleur et on se fait « enguirlander » par le patron de la DPJ. Mais on voit un léger sourire sur ses lèvres lors de l’engueulade et deux semaines après…
C’est du Polonais et cela veut dire en français : Pourquoi tu as voulu le tuer ?
Mes menottes entravent ses poignets. Du sang coule de sa tête… Des sirènes, les pompiers, des collègues qui courent… J’ai encore le son des coups de feu dans ma tête. J’ai tiré sur un homme… Non, ce n’est pas ça la vérité. J’ai tiré sur un type qui voulait me tuer. Il est pris en charge par les secours. « Il est encore en vie », lance un pompier en découvrant sous sa chemise un gilet pare balle en kevlar. Un kevlar en 1993 ??? Même nous, les forces de l’ordre, nous n’avions pas ce genre de protection. Qui est ce type ? Qui sont ces types ? Armés jusqu’aux dents, protégés par des gilets, porteurs de talkie-walkie…
C’était pas leur journée… Nous ne sommes que des Ilotiers ! Dans mon second article, j’avais parlé d’une affaire qui permettait de comprendre qu’une patrouille de Police n’est jamais anodine, et qu’une mission ne doit jamais être prise à la légère. Cela se confirme. « Hé t’as déjà tiré m’sieur ? ». C’est une question qui revient comme un leitmotiv dans une carrière de policier. Bien heureusement, la majorité des policiers répondent par la négative… Mais quelques-uns gardent le silence, regardent leur interlocuteur et se demandent s’ils doivent répondre. « Alors t’as déjà tiré ? ». La même question encore. La réflexion s’éternise…
Pourquoi devient-on flic ? Pour la sécurité de l’emploi… Non. Pour arborer un bel uniforme et plaire aux femmes… Heu… Pourquoi pas, mais non ! Si l’on devient flic, c’est pour aider les autres. Se mettre au service des autres, même si, de temps en temps, le coeur n’y est pas. Chronique d’une nuit pas ordinaire. Brigade de nuit, 15 ème arrondissement de Paris. C’est l’hiver. La nuit arrive vite et pour nous les nuiteux on ne voit pas le soleil. On va se coucher lorsqu’il se lève et l’on se réveille quand il se couche. Les vacations sont longues, la fatigue vient. On part au boulot sans grande envie. On assiste à l’appel… Pas vraiment envie de rouler…
Hé non, ce n’est pas le titre du prochain reportage sur une grande chaîne nationale, c’est juste le grand écart de ma vie. Je m’appelle Éric, je suis policier depuis 21 ans et, à ce jour, Brigadier chef de Police. J’ai 41 ans, je suis marié et père de trois enfants et, effectivement, les premières personnes qui ont jalonné ma vie étaient entreposées dans le sous-sol de l’hôpital Jean Rostand à Sèvres (92). Gardien de morgue, c’était mon premier métier. De là à devenir Gardien de la Paix, il a fallu quelques cours de Maths et de Français et un concours plus tard me voilà titulaire de la carte de Police Nationale qu’exhibaient fièrement mes idoles…


