Vague à l’âme ou lame de fond
Vendredi 28 mai 2010
En Guyane, il ne faut s’étonner de rien. C’est un principe de base pour avancer. Nous sommes à la fois en France mais tout autant en Amérique du Sud. Ce week-end notre 11ème homicide en 120 jours. J’avais commencé ma première permanence de l’année par 2 homicides en 48 heures. Le premier à la machette, le second par balle dans un Sound système, le 1er janvier !!!
En Guyane, la Sécurité Publique – pour faire simple, le commissariat que vous connaissez tous – traite quasiment tous les homicides…
Crédit photo : ©TERRY
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Il y a quelques jours, un courriel est arrivé sur ma messagerie professionnelle, « le SATPN recherche des correcteurs pour les épreuves écrites du concours interne de gardien de la paix session 2010 ». Je décroche mon combiné pour appeler ce service, la correction porte sur les copies des candidats internes de Guyane. 19 pour être plus précis, c’est un chiffre raisonnable, même si j’ai déjà bien assez de travail au quotidien, cela me semble important de savoir quelle est la façon de penser d’éventuels futurs collaborateurs…
J’avais entendu parler de ce carnaval en lisant les guides touristiques, dans l’attente de mon affectation à la DDSP de Cayenne, mais j’avoue que le vivre au quotidien est plus exotique encore. Imaginez un peu, sept semaines consécutives de festivités hebdomadaires, et pour terminer une dernière ligne droite de quatre jours : La Grande Parade avec 58 groupes dont certains composés de plusieurs centaines de danseurs et musiciens, puis les trois soirées des jours gras, une institution ici. La première à une thématique fille-garçon…
À la mémoire du brigadier Major Patrice P… tombé en service décédé le 30 12 2009. Ce matin 30 décembre j’arrive à la DDSP, je fais le tour des bureaux afin de prendre le pouls du service, mon humeur est joyeuse, cela ne va pas durer… Je me connecte sur Internet, je branche machinalement une radio nationale que je ne peux qu’écouter sur Internet (…) Et là stupeur ! « Le major Patrice P, âgé de 51 ans, grièvement blessé dimanche dernier par deux cambrioleurs qui tentaient de s’enfuir à bord d’un 4 x 4 volé dans un pavillon de Montévrain, est décédé la nuit dernière des suites…
Il est un peu plus de 6h, l’horoscope en créole à la radio se termine, je commence à comprendre peu à peu cette langue très chantante. Après 2 heures de route sinueuse – fermeture du pont du Larivot oblige…- j’arrive au service. Deux coups de klaxon brefs comme de coutume pour que l’opérateur de la salle radio deux étages au dessus déclenche l’ouverture de la double porte qui défend le parking de l’hôtel de police très vétuste de Cayenne. Je croise les « hiboux » – les nuiteux – qui terminent leur nuit de travail, je réponds avec un sourire matinal aux « Bonjour Patron !». Le service commence a s’éveiller, un passage un peu appuyé…
Bilan immédiat 7 interpellés, pas d’incidents. Nous les rassemblons pour que les Officiers de Police Judiciaires via le truchement des traducteurs puissent leur notifier les droits propres à toute personne placée en garde à vue –Avis Avocat, Avis Famille, Droit à un examen médical-. L’odeur est difficilement soutenable, des mares croupies se dégagent des effluves improbables. Le linge encore détrempé pend sur des semblants de lignes électriques détournées (ce type de branchement illégal très dangereux motive des opérations menées avec EDF comme nous en ferons une jeudi prochain). Le chien des douanes renifle partout…
Opération stup dans un squat d’Anglais (habitants venant du Guyana Britannique). Ce matin, c’est ma première opération à « la Crique », un quartier mal famé en plein Cayenne. L’objectif comme on dit dans notre Jargon est de « péter » un squat de Guyanais Anglais dans lequel se déroule quotidiennement un trafic de crack. Ce matin, je suis là en observateur, c’est-à-dire que je ne prends pas en main directement le dispo, c’est un officier qui va coacher la manœuvre. L’intérêt est double pour moi : d’un coté, voir la façon de travailler de mes gars – il y a aussi 3 filles – de l’autre, montrer à mon staff d’officiers que j’ai toute confiance en eux.
Bonjour à tous,


